Définitions et concepts
Une espèce exotique (ou allochtone) est une espèce introduite par l’Homme, volontairement ou non, dans une aire distincte de son aire de répartition d’origine. Par opposition, une espèce indigène (ou autochtone) est une espèce qui se trouve dans son aire de répartition naturelle. Elle n’a pas été importée par l’humain.
Ces plantes exotiques représentent environ 1200 espèces en Martinique, dont plus de 100 sont considérées comme des espèces exotiques envahissantes (EEE) ou espèces invasives. Elles causent des impacts négatifs sur les espèces autochtones et les habitats naturels indigènes, mais aussi sur la santé et l’économie humaine.
Cette problématique due à l’essor et la rapidité des transports de marchandises du 20e siècle est considérée comme l’une des 5 premières causes de l’érosion de la biodiversité dans le monde par la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) et L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
C’est aussi la première cause documentée de disparition d’espèces par l’UICN. Cette problématique menace particulièrement les écosystèmes insulaires tropicaux tels que la Martinique.
Proportions du nombre de taxons en Martinique par rapport à leur statut et la chronologie d’installation de la flore en Martinique.
En effet, ces espèces exotiques envahissantes, par leur capacité de « déplacements motorisés » arrivent sur de nouveaux territoires sans leurs limites écologiques (prédateurs, parasites, maladies, environnement, saisons, etc.). Elles sont souvent caractérisées par une forte adaptabilité (tempérament pionnier, multiplication efficace, allélopathie – tendance à favoriser la croissance de la même espèce -, compétitivité, etc.) et sont favorisées par les humains qui les connaissent et les cultivent.
En finalité, ces espèces exercent sur les plantes et les habitats locaux une concurrence accrue pour l’espace, les ressources ou la pollinisation, ne leur laissant pas le temps de s’adapter.
Concrètement en Martinique, quelques exemples illustrant la problématique
Concurrence sur l’espace, sur les espèces et multiplication explosive
Erosion
Concurrence à la pollinisation et intoxication des pollinisateurs
Spathoglottis plicata Blume, ORCHIDACEAE exotique envahissante, Martinique.
Uniformisation mondiale des séries de végétations et du paysage
Réglementation et prévention
Les EEE végétales sont réglementées en Martinique.
La plupart des espèces présentes sur le territoire sont concernées par deux arrêtés ministériels :
- l’arrêté de N°1 du 8 février 2018, interdit toute dissémination dans le milieu naturel des plantes exotiques, même de façon involontaire. Aussi, un propriétaire ou gestionnaire d’un site peut être tenu responsable en cas de négligence sur la dispersion de ces plantes
- l’arrêté de N°2 du 9 août 2019, interdit toute détention et usage de plantes ou parties de plantes listées à cet arrêté. Il comprend : les espèces exotiques envahissantes avérées en Martinique ;
les espèces exotiques envahissantes non avérées en Martinique, mais qui représentent un risque de le devenir, car elles le sont dans d’autres territoires tropicaux insulaires : pas encore présentes pour prévenir leur introduction, qui sont présentes mais pas encore envahissantes
En effet, les espèces exotiques peuvent mettre jusqu’à 80 ans avant de développer des comportements invasifs. On appelle cela le temps de latence. Elles doivent franchir un certain nombre d’étapes, suite à leur introduction, avant de devenir envahissantes dans leur nouvel écosystème. Quand une espèce est introduite, elle ne survit pas nécessairement dans son nouvel environnement. Si elle y parvient, elle est dite acclimatée. Puis, si elle parvient à se reproduire, elle aura alors le statut de naturalisée.
Enfin, si elle s’échappe de sa zone de culture et augmente seule son aire de répartition en milieu naturel, elle sera alors considérée comme émergente. C’est à cette étape qu’il est fortement conseillé de réaliser de la lutte préventive. En effet, à ce stade les chances de réussite de l’action sont optimales et les coûts budgétaires moins élevés. Enfin, s’ il est constaté un ou des impacts sur les habitats ou les espèces locales alors on caractérise l’espèce envahissante.
Les étapes vers l’invasion.
L’ornement paysager est la première source d’introduction d’EEE. Il y a donc quelques bons gestes à adopter pour la gestion des jardins et espaces verts. Il est important de garder confinées les plantes ornementales aux espaces anthropisés. Laisser les déchets verts en ravine ou en accotement revient à laisser des boutures et des graines dans les corridors écologiques et à accélérer l’expansion des plantes envahissantes. De même, toute plantation dans le milieu naturel doit être accompagnée d’experts pour s’assurer de ne pas générer d’impacts involontaires. Vous pouvez également signaler la présence de plantes exotiques envahissantes (PEE) à la DEAL.
Les bons gestes.