Les plans nationaux d’actions (PNA) sont des outils stratégiques destinés à assurer la conservation ou le rétablissement dans un état de conservation favorable d’espèces de faune et de flore sauvages menacées ou faisant l’objet d’un intérêt particulier. Après avoir dressé un bilan de l’état de conservation des espèces concernées, ces plans décrivent une série d’actions à mettre en œuvre pour maintenir ou améliorer la situation de ces espèces. Ces actions peuvent concerner, par exemple, l’amélioration des connaissances, le renforcement ou la création de nouvelles populations ou encore la sensibilisation des institutions et du grand public.
Les PNA Flore en Martinique
La diversité unique de la flore martiniquaise, comprenant des espèces endémiques et des écosystèmes fragiles, nécessite des stratégies ciblées. Celles-ci se déclinent principalement en actions concrètes comme la protection des zones sensibles, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, la restauration des habitats dégradés et la sensibilisation. La mise en œuvre de ces plans implique souvent une collaboration étroite entre les collectivités locales, les organisations environnementales, les scientifiques et la population, afin de garantir une approche intégrée et efficace pour la préservation de la flore martiniquaise.
Le rôle du CBN Mq : Missions et Activités
Le CBN Martinique s’est vu confier par la DEAL la rédaction puis l’animation des plans nationaux d’actions en faveur de la flore menacée du territoire martiniquais. Il est en charge :
- Du suivi et de la coordination des actions définies dans le PNA;
- De l’organisation des comités de pilotage ;
- De la mise en œuvre des actions pour lesquelles il est identifié comme porteur ;
Trois Plans Nationaux d’Actions en faveur de la flore menacée de Martinique
- L’Estrée de Saint-Pierre (Hebecarpa ovata syn. Polygala antillensis Chodat)
- Le Cerisier Montagne (Eugenia gryposperma) et l’Ananas-bois (Aechmea reclinata)
- Espèces menacées des ripisylves de Martinique
Hebecarpa ovata syn. Polygala antillensis Chodat – POLYGALACEAE, “Estrée de Saint- Pierre”.
L’Estrée de Saint-Pierre (Hebecarpa ovata syn. Polygala antillensis Chodat)
Cette petite herbacée à fleurs violettes se développe dans les milieux ouverts, secs à moyennement humides. Une population fut découverte en 1853 à Saint-Pierre avant de disparaître suite à l’éruption de la Montagne Pelée en 1902. En 1977, une trentaine de nouveaux individus ont été redécouverts au Morne d’Orange, par Claude Sastre, restant à ce jour la seule station connue de l’Estrée de Saint-Pierre. Des graines furent récoltées et envoyées au Conservatoire Botanique de Brest au début des années 1980 et l’espèce fut mise en culture au conservatoire botanique de Martinique dans les années 2000. En 2007, il ne restait plus qu’un individu, et cette tendance ne s’est pas inversée, car depuis 2020, l’espèce est considérée comme éteinte à l’état sauvage en Martinique, principalement à cause des activités humaines (entretien de bord de route).
L’objectif principal de ce PNA est de réintroduire l’espèce en milieu naturel en créant de nouvelles populations (à partir d’individus conservés ex situ). Ces nouvelles populations seront implantées sur la station historique et dans des zones présentant des conditions écologiques similaires favorables. Grâce à cela et aux collaborations avec des organismes scientifiques, nous pourrons avoir une meilleure connaissance de son fonctionnement et nous pourrons éviter une disparition totale de l’espèce.
Le Cerisier Montagne (Eugenia gryposperma) et l’Ananas-bois (Aechmea reclinata)
Le Cerisier montagne est un arbuste ou petit arbre touffu de la famille des Myrtacées. Ses fruits sont orange puis noir à maturité, sa fleur est en forme de pompons blancs. C’est une espèce protégée par arrêté ministériel depuis 1988 et classée en danger critique d’extinction par l’UICN. Elle se rencontre uniquement sur la Montagne du Vauclin, le Morne Firmin et le Morne Vent, dans la moitié sud de l’île.
L’Ananas-bois est une Bromeliacée épiphyte (qui pousse sur les arbres) avec des feuilles disposées en rosette à marge denticulée. Son inflorescence est longue (20-30 cm), pendante, velue, avec des sépales blanchâtres et laineux, terminés par des pétales bleus. Cette espèce est classée en danger critique d’extinction selon l’IUCN. Elle se rencontre dans les forêts mésophiles (Montagne du Vauclin, Morne Aca et Rocher Zombie) et en bordure de mangrove (Génipa).
Ces deux espèces sont endémiques strictes de Martinique et leur présence conjointe sur la Montagne du Vauclin a permis de les regrouper dans un PNA unique. Leur endémicité stricte signifie que si elles disparaissent de Martinique, elles disparaissent à l’échelle mondiale. La Montagne a été fortement impactée par les activités humaines (urbanisation, agriculture, activités de loisir pédestre) et par les invasions biologiques (de nombreuses espèces non natives de Martinique y sont présentes, réduisant l’espace et les chances pour les espèces de se développer). Améliorer leur statut de conservation revêt donc un caractère prioritaire et urgent.
L’objectif principal de ce plan national d’action est donc de restaurer l’état écologique de la Montagne du Vauclin à travers une gestion des espèces exotiques envahissantes et la plantation d’espèces indigènes. Une protection de ce site pourrait également être un levier d’action intéressant pour la conservation de ces espèces.
Espèces menacées des ripisylves de Martinique
Les ripisylves de Martinique sont des lieux particulièrement impactés par les activités anthropiques et les invasions biologiques. Pourtant, leurs paramètres écologiques bien spécifiques donnent lieu à des cortèges floristiques d’espèces qui leur sont inféodés. La végétation rivulaire remplit également un rôle important au sein de l’écosystème. En effet, elle assure la continuité écologique, la protection des berges, la qualité de la masse d’eau ; et remplit par ailleurs une fonction socio-économique notable grâce à l’affirmation d’une identité paysagère et d’un usage anthropique.
Les différentes pressions exercées sur ce milieu ont conduit à la raréfaction de certaines espèces patrimoniales. C’est pourquoi, un Plan National d’Action a été rédigé afin d’améliorer l’état conservatoire de 9 espèces menacées des ripisylves.
L’objectif principal de ce PNA est d’une part, d’améliorer les connaissances sur les forêts des rivières de basses et moyennes altitudes pour pouvoir ensuite mettre en place des actions de restauration de l’habitat des espèces du PNA adaptées et précises.
D’autre part, le PNA a pour vocation de porter en lumière ce milieu souvent négligé, pour qu’ils puissent être mieux pris en compte dans les projets futurs d’aménagement du territoire.